Mémoire de Fille
- Annie Ernaux - Prix Nobel de Littérature 2022
- Violette Campo
- Lisa Garcia, Violette Campo
RÉSUMÉ
1958. Annie Ernaux a 18 ans. Elle s’appelait alors Annie Duchesne. C’était il y a longtemps. Que reste-t-il, six décennies plus tard, de cette jeune fille qu’elle était alors ? Est-il encore possible d’approcher cette presque adolescente, d’en saisir les pensées et les gestes, d’en dire les expériences ?
Parler de soi pour tendre à l’autre un miroir où il se reconnaisse, puiser à sa propre vie pour élaborer, de livre en livre, une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur, c’est ce que pratique Annie Ernaux depuis plus de quarante ans.
Ainsi, tout n’avait pas été dit.
Un silence demeurait, comme une meurtrissure presque invisible, imperceptible à l’œil nu, un traumatisme fondateur : la honte qui suivit sa première expérience sexuelle.
De la honte, il est question, dans Mémoire de fille « une honte de fille » dont le texte restitue admirablement le contexte, les étapes, l’intensité inouïe, le « je » du présent recherchant dans ce « elle » du passé.
L’intime et le social, tout est dans ce texte, l’amour, le sexe, la honte, le désir, la préhension de l’origine sociale et de l’éducation, le temps, la condition des femmes, le langage et l’acte d’écrire.
NOTE DE MISE EN SCÈNE
Ce texte m’a énormément touché. Il parle du désir et du consentement des femmes, de notre capacité ou incapacité à se défaire de notre conditionnement, de notre éducation, et de nos origines sociales… Je suis née
en 1954, dans un milieu social ouvrier et j’ai vu mes sœurs subir ce que Annie Ernaux raconte…, la peur des hommes, la honte d’être une fille-mère… et bien sûr, cette espèce de soumission à l’homme, non dite, mais très présente…
Je recevais en même temps que mes sœurs cette éducation imposée par notre mère, et il a fallu mai 68, les mouvements féministes, et la pilule pour oser petit à petit sortir de ces injonctions… Pourtant, la liberté des femmes dans leur choix n’est certainement pas acquise, et reconnue, l’actualité nous en donne tous les jours des exemples affligeants…
C’est pourquoi ce texte résonne très fortement aujourd’hui !
Nous avons pu le constater lors de lectures faites dans des lycées, et auprès du public adulte ; les réactions émues de chacun, quel que soit leur âge étaient très fortes. Toutes ces raisons ont fait, que j’ai tout de suite eu envie de porter ce texte, à la scène ! Et de le jouer avec ma fille, comédienne. Elle jouant « la fille de 58 » et moi, sa mère, jouant la « femme d’aujourd’hui »…
LA PRESSE EN PARLE
La Provence, juillet 2022 : Ce face à face puissant et bouleversant interroge l’amour fou que l’on peut ressentir à 18 ans, les barrières qui cèdent, l’estime de soi qui vole en éclat, la condition féminine, la domination masculine, la cruauté de la jeunesse.![]()
Dans un subtil et puissant jeu de miroirs, Violette Campo met en scène ce texte intime et universel. Funambule des mots, Lisa Garcia se joue de tous les écueils dans sa délicate partition : ni vulgarité, ni outrance. Elle ne joue pas, elle est «la fille de S .., la fille de 58». celle que Violette Campo, Annie Emaux d’aujourd’hui, regarde danser sur des musiques des sixties et écoute avec gravité derrière son bureau raconter sa première nuit : « Une description très cinématographique, presque chirurgicale … » Elle peut enfin se regarder, et raconter. « Elle est moi, je suis elle», conclut l’autrice : qui a surmonté la honte et accepté cette part d’elle-même.