Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Music Hall (Note d'intention de la metteure en scène )


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L'écriture de Jean-Luc Lagarce c’est une forme puissante, méticuleuse, avec une précision du sens et des sens, à la fois bouillonnante, brûlante, passionnée et contenue, retenue. C’est une matière textuelle vertigineuse pleine de mélancolie flamboyante et de rage de vivre. Un univers crépusculaire, une langue «fuguée», une danse de la pensée précise qui joue d’une dialectique du don et du retrait, qui nous indique sans relâche la cible et dont la poésie qui la constitue donne à voir ce qui aussitôt se dérobe.

Dans cette version«La Fille» est seule, comme au bord du précipice, elle soliloque avec sensualité dans un néant nébuleux, face à ce trou noir là devant elle, où elle dit tout en espérant le contraire, qu’elle sait qu’il n’y a personne. Elle parle, dit, redit, contourne, revient, raconte, malicieuse, mélancolique et enflammée,- L’Histoire - dans une spirale de réminiscences. La parole pour échapper à l’oubli, pour faire semblant d’exister, parler pour ne pas disparaître, dire à l’infini pour ne pas mourir, croire pouvoir se soustraire à la mort, l’esquiver. Vérité? Tricherie?
«La Fille» triche jusqu’aux es de tricherie nous dit-elle et pourtant volontaire et lucide pour le naufrage de sa vie, elle se lance dans sa chute gracieuse et élégante avec la beauté qu’il faut pour combattre et supporter la violence et la tristesse de la fin des choses. Elle résiste à l'impuissance et à l'oubli et croit à un devenir en toute connaissance du pire, le tout avec une lascivité grave, désinvolte et délicate.

Les boys se sont évaporés, envolés, enfuis, effacés, volatilisés, reste à «La Fille» la solitude et la saveur de la souvenance. Cette solitude concentre le regard et l’écoute sur la nostalgie rageuse de cette histoire qui se construit dans la fantasmagorie de la « Vie d’Artistes» sur les routes.
-L’Histoire- comme le dit «La Fille», cette histoire résonne bien au-delà de la trajectoire ordinaire et médiocre d’artistes de music-hall sur le déclin.

Ici «La Fille» est incarnée par un homme.
Il ne s’agit pas d’un travesti parodique et carnavalesque. C’est une révélation, un dévoilement de féminité. C’est beau et troublant parce que l’image du travestissement est émouvante, perturbante, intime, touchante, gênante et fascinante. C’est la représentation du brouillage qui prend forme. Un miroir déformant dans lequel on se reconnaît indubitablement. Un labyrinthe où l’on va se perdre et qui donne le vertige. Et c’est cette nébuleuse de l’identité qui fait résonner la fragilité de l’être et la noblesse de cette grande Dame déchue, isolée sur son tabouret, rescapée d’un générique perdu et qui susurre avec gourmandise la chanson de Joséphine Baker.
« Ne me dis pas que tu m’adores, mais pense à moi de temps en temps…»

La chanson «Detemps en temps» de Joséphine Baker est l’unique matière sonore. A l’instar de la parole, la musique tourne en boucle, hésite, revient sur ses pas, s’échappe. La chanson est évoquée, ralentie, fragmentée, étirée, donnée à entendre puis suggérée comme un lointain écho, jetée au vent, sifflée par les boys disparus. Elle hante tout le spectacle nous plongeant dans l’irréel.

D’où nous parle «La Fille»? De quel lieu étrange nous parvient cette langue à la clarté diffuse?
Tout nous indique que cela se passait avant. Nous sommes dans le temps d’après. Ca a encore lieu mais plus comme avant. Ici, là-bas, au-delà, le flottement de la vieille actrice-acteur qui porte tous ses rôles dans sa peau et qui au crépuscule de sa vie aspire à la plus grande beauté, celle de «La Fille» perchée en -sa citadelle intérieure-.

Pas de tremblement, pas de gémissement, pas de sentimentalisme mais une présence au monde qui est là, qui passe et qui est passée.

Véronique Ros de la Grange


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


Music Hall

Note d'intention de la metteure en scène

Théâtre Pièce: Music Hall

Mercredi 19h
Jeudi 19h
Vendredi 19h
Samedi 19h
Du 22 avril au 13 juin 2015