
Un voyage, une errance dont il faut préserver l'énigme le plus longtemps possible, en jouant sur la chronologie inversée que propose la pièce.
Elle, au sommet de sa folie dès la première scène, et donc peut-être au moment le plus tragique de son destin - mais puisqu'on ne sait pas le pourquoi, tout peut se jouer dans une fantaisie, une liberté, une légèreté - plus tard, on pourra se dire que ce n'était pas drôle en fait…
Lui, au plus loin dans son alcoolisme, et libre aussi, libéré des entraves sociales, du paraître, dans une relation au monde et à l'autre - le dernier partenaire exclusivement ludique et dépassionnée.
Un voyage, comme un chemin de croix en sept étapes, qui mène à la souffrance la plus terrible, un voyage bercé par les voix magiques de Gundula Janowitz, Emma Kirby, Kathleen Ferrier, Magda Kalmar, James Bowman… Au gré d'un répertoire qui dit la perte des enfants et la douleur des mères.
Pas de décor dans la nudité du plateau noir, un petit vélo qui d'abord amuse, intrigue, puis pèse, puis progressivement devient l'enfant dans sa cruelle absence au monde. Les hommes ne veulent plus mourir : jusqu'à en perdre connaissance, jusqu'à en perdre la raison…
Un huit clos virtuose d’un tout jeune auteur à la maturité surprenante.

