Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Les hommes ne veulent plus mourir (La presse)


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«Dans une pièce pâlement éclairée, une femme, assise de dos, enveloppée par les Kindertotenlieder de Gustav Mahler, s'adresse à un interlocuteur invisible. Présent ? Absent ? De ses sombres pensées émerge un lamento obscur. Son corps semble torturé par une peine trop lourde dont on pressent qu'un désastre en est la cause. "La légèreté de vivre, la légèreté de vivre Ah non, pas de légèreté chez moi, ni pesanteur, que du creux, du creux... ", soupire-t-elle.

Quand la lumière revient, le spectateur comprend que Louise bâtit un rempart de mots, s'enferme dans le déni d'une réalité insupportable, se perd dans un rêve chargé de repousser ce qu'elle ne veut plus voir ce qu'elle ne peut plus affronter. Son fils Antoine a été renversé, il y a plusieurs années, par une voiture. Il végète dans sa chambre. Tétraplégique, muet, inerte, réduit à des râles. Caché, hors de la vue. Sa mère se construit un monde chimérique. Elle nourrit des dialogues imaginaires, crée l'illusion d'une intimité avec cet enfant qu'elle décrit comme sportif, qui adore le football, qui s'entraîne comme tous ceux de son âge. Quand elle revient du marché, elle fait pour lui l'inventaire de son cabas. Pas de père dans les parages. Elle vit seule avec cette souffrance qu'elle repousse mais qui la ravage. Un vélo de gamin traîne dans I'appartement. Elle demande sans cesse à Antoine de le ranger...
Chaque jour, à n'importe quelle heure, elle reçoit la visite d'un médecin névrosé que sa femme a quitté. Il vient boire sans apporter le moindre réconfort à cette amie. Béquille dérisoire qui s'épanche : une enfance cabossée, abandonné par sa mère, traîné par son père alcoolo dont il a conservé le travers. Sa présence est ambiguë. Tantôt, il joue le jeu de cette terrible fiction tantôt il hurle au visage de cette femme comme on réveille un somnambule, avant la chute, pour la coller face à la vraie vie, lui rappeler les circonstances et les conséquences de cet accident. Et lui redire qu'il est vain de fuir dans cette illusion tragique. En pure perte.

Par sa mise en scène dépouillée et son jeu impressionnant, aux prises avec le feu des mots, Hélène Darche donne chair à la douleur. Elle entraîne le spectateur, tétanisé, dans l'univers éprouvant d'un enfermement mental, jusqu'à la suffocation. Du théâtre porté à son extrême point d'incandescence et de tension. Près d'elle, Christophe Allwright apporte une couleur inquiétante et déjantée qui accentue le déséquilibre général. Stupéfaction : cette pièce a été écrite par une très jeune dramaturge de 17 ans, Juliette Speranza...

Au milieu de ce dénuement, sur ce plateau presque nu, le vélo traîne toujours. C'est I'amer du malheur que Louise pourrait apercevoir depuis son bateau en perdition. Comme elle pourrait entendre la voix de son fils, prisonnier de son "corps de plâtre", si elle tendait vraiment l'oreille. Ou si elle se penchait un peu plus vers lui.»


 

«Une femme de dos parle d’amour et d’absence. On comprend rapidement qu’elle parle de son petit garçon, renversé en vélo par une voiture. Le vélo, posé dans la pièce, lui sert de lien pour recréer sa présence.

Et peu à peu on remonte le temps, reconstituant le puzzle de ce tableau éclaté d’une mère en souffrance. Le texte, bouleversant mais aussi teinté d’humour et émaillé de situations cocasses qui allègent la dureté du propos, montre la dérive de cette femme qui nie l’évidence et bascule peu à peu dans une folie dévastatrice.

Une seule personne pourtant l’écoute avec dévouement : son médecin (excellent Christophe Allwright) qui, tiraillé entre son devoir et cet autre chemin qui le fascine, lui-même étant enchaîné à l’alcool, va peu à peu l’accompagner dans sa démence. Et se soutenant l’un et l’autre comme des bouées, accrochés chacun à leurs addictions, ils se reconstruisent un monde à deux loin de toute réalité, échappant du même coup peut-être au pire…

Dans le rôle de cette femme, Hélène Darche est stupéfiante de fêlure, de puissance et d’émotion. Et l’évolution de cette femme, dont la mémoire s’est arrêtée et la diction titube, est impressionnant. Sa prestation est à ranger dans la liste des grandes performances tant son investissement dans ce personnage est total.

Et la pièce d’une grande originalité, à la mise en scène épurée (signée Hélène Darche également) qui met en valeur le face à face de ces grands comédiens et la partition splendide de Juliette Sperenza, retentit comme une déflagration dont l’éblouissement nous poursuit longtemps après.»


 

«C'est avec la pièce d'une toute jeune auteur, Juliette Speranza,23 ans, que la saison s'ouvre à la Manufacture des Abbesses. Un titre assez peu percutant pour une pièce qui l'est beaucoup plus : les hommes ne veulent plus mourir raconte la dérive d'une mère qui s'enfonce dans le délire pour supporter son malheur. Un médecin l'accompagne dans sa chute inexorable. Une femme folle, un docteur :
la pente était risquée. Mais voilà, il y a le texte de Juliette Speranza, jamais mièvre et assez bien ficelé. Et surtout, il y a l'interprétation exceptionnelle d'Hélène Darche. La comédienne réussit à incarner la maladie mentale dans tout ce qu'elle a de plus logique, de plus sympathique et même, de plus drôle ! Une belle performance d'actrice, un vrai moment de théâtre.»

Les hommes ne veulent plus mourir


 

«Un magnifique crescendo de l’oppression
Une très juste interrogation sur la folie dans un huis clos douloureux et oppressant, magnifiquement mis en scène et interprété par Hélène Darche. Le plateau est nu, avec pour seul élément de décor un vélo. Une femme en noir, assise sur un tabouret, nous tourne le dos. Dos tourné à qui, à quoi ? Le voile peu à peu se déchire : la pièce écrite par Juliette Speranza à l’âge de 17 ans procède d’une chronologie inversée. Elle commence en 2007, alors qu’une femme a sombré dans la folie, pour se finir en 2001, quelques jours seulement après l’accident que son fils a eu.
Cette chronologie inversée, dans un espace en huis clos, confère à la pièce une tension croissante. La douce démence du début, on en ressent la gravité à mesure que l’on se rapproche du choc de l’accident. Ce crescendo de l’oppression et de la douleur se déroule au gré d’actes courts marqués d’une date : sept étapes inéluctables dévoilant simplement, efficacement, la progression et l’origine de la démence finale. Car la folie est bien la figure centrale de la pièce. Elle absorbe l’espace : présence scénique obsédante du fils absent, vue non moins obsédante de son vélo, qui d’un objet source de comique devient l’emblème têtu et douloureux de l’enfant. Elle s’attaque au texte même, en générant une désagrégation du langage comme vecteur de sens et de communication. La démence nous est ainsi rendue palpable, avec la violence qui seule peut rendre compte de sa réalité à la fois terrifiante et fascinante. Terrifiante, parce que la folie enferme cette mère dans son propre imaginaire, la coupe radicalement du monde extérieur. Le seul personnage avec lequel elle garde contact, son médecin, est en proie à un alcoolisme qui l’entraînera également dans la démence. Mais fascinante également, parce qu’elle peut être vécue comme une porte ouverte, une liberté une manière de tourner le dos à l’insoutenable.
La mise en scène dépouillée choisie par Hélène Darche concentre à l’extrême la charge émotive du texte, en laissant la folie et l’angoisse s’emparer du plateau. L’absence de décor semble répondre à l’enfermement des personnages, à la faiblesse de leurs attaches au monde réel. En contraste avec cette sobriété, des chants de Schubert, Mahler, Vivaldi emplissent la salle entre chaque acte, témoignages sensibles de la douleur maternelle.

En tant que comédienne, Hélène Darche est tout simplement magnifique. Toujours juste et sincère, elle se donne entièrement à son personnage, dont elle joue la transformation et les revirements avec une grande délicatesse. Son partenaire, Christophe Allwright, l’accompagne avec finesse tout au long de cette errance en duo, duo frontal ou à l’unisson, dont on ressort ému et profondément troublé.»

Les hommes ne veulent plus mourir


 

«Renversant, tout simplement
Evoquant la douloureuse histoire d’une mère sombrant dans la folie après le tragique accident de son fils, les Hommes ne veulent plus mourir est l’uvre d’un jeune auteur, Juliette Speranza, dont la plume est promise à un bel avenir. Hélène Darche et Christophe Allwright s’en emparent avec brio, pour en faire un spectacle bouleversant.

Quand on aime, on ne joue pas
A la tension palpable qui règne sur la scène, on peut voir que ces deux comédiens là ne jouent pas. Ils vivent cette histoire si vraisemblable. Complètement habitée par son personnage, Hélène Darche sublime l’extrême souffrance de Louise en cette folie que l’on comprend si bien. Christophe Allwright prête à cet homme ravagé, ce médecin alcoolique, toute sa tendresse et sa compassion. Ensemble, ils nous offrent un moment rare de théâtre et prouvent une fois de plus que de toute douleur peut naître quelque bonheur. »

Les hommes ne veulent plus mourir


 

«Quand le théâtre fait trembler le Théâtre

La pièce de Juliette Speranza révèle au public une auteure prodige (21 ans) et géniale. Surtout par le creusement de la langue et le questionnement vif, là où il n’y a pas de mot pour le dire. Ici le théâtre, par le texte, par le dire dérivant, le génie d’une mise en scène nue, remonte le temps comme on remonte aux origine de la folie. Quel mal nous a fait naître ? Quel dieu a frappé si fort la vie en son cur que la folie devient seule issue ?

Dans une langue scalpel, Hélène Darche questionne la vie théâtrale avec Maestria

Hélène Darche, actrice et metteuse en scène au talent protéiforme, met en place ici un espace qui va du rire rangé à la suffocation la plus totale. La dame ne signe ni son premier rôle ni sa première mise en scène mais pousse tellement le texte à bout, dans les es du sens, qui font basculer sa raison, lui préservant sa térébrante saveur, ses parfums charnels et tristes qui pénètrent les fêlures de l’âme. Il ne reste au spectateur que peu de souffle.
Son génial « compagnon », médecin psychiatre (Christophe Allwright), va rentrer dans le chaos de Louise en mettant en résonance suave la douleur inextinguible de ce cur de mère perdue. L’ivresse des mots se conjugue merveilleusement avec celle d’un scotch. On se sent plonger dans le grand néant de ces romanciers américains qui ne disent jamais mieux leur douleur qu’ivres.
Loin de nous étouffer de pathos, ce théâtre ouvre une immense perspective au spectateur : celle de changer de regard sur une vie que nous vivons reclus, sans faim. Une piste pour ceux qui réfléchissent à l’avenir du théâtre. Bref, un spectacle qui déplie l’ennui, l’explique et le bannit, d’une certaine façon, à la façon des mots qui, quand leur temps est venu, savent se taire. Chapeau.»

Les hommes ne veulent plus mourir


 


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


Les hommes ne veulent plus mourir

La presse

Théâtre Pièce: Les hommes ne veulent plus mourir

Jeudi 19 heures
vendredi 19 heures
Samedi 19 heures
Dimanche 19 heures
(à partir du 3 septembre 2009)