Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Le jour où je suis devenue chanteuse black (l'interview de Caroline Devismes)


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Interview d’Alain BUGNARD pour TATOUVU


En quoi le fait d’avoir des origines afro-américaines constitue-t-il un « terrible secret familial » ?

- Ce qui est terrible, c’est que la famille, et en particulier ma grand-mère maternelle, a fait de ces origines un secret ! En cachant ma mère à la campagne et en lui faisant croire que son père était un soldat mort au combat !

La découverte de l’existence de ce grand-père a-t-elle été pour vous le révélateur d’une âme musicale que vous portiez et, peut-être, le point de départ d’une vie artistique que vous n’auriez pas envisagée ?

- Quand j’ai rencontré mon grand-père, j’avais 8 ans, je faisais déjà de la danse et de la musique depuis deux ans. J’étais déjà complètement accro ! J’ai toujours voulu être sur scène et en faire mon métier. Je n’ai même jamais eu besoin de le formuler : pour mes parents, c’était aussi banal que de dire que j’avais les cheveux frisés ! La vraie découverte, c’est la musique que j’entendais à la radio quand nous étions au Texas, celle que mon grand-père écoutait, et les vidéos de ses émissions préférées où j’ai découvert The Temptations, The Supremes ou les Jackson Five ! La différence avec mes copines, c’est que, devant Fame, je me disais : Moi aussi je pourrais intégrer une école aux USA, et le soir, j’irais dormir chez Papy.

De quelle manière avez-vous choisi de raconter votre parcours ? S’agit-il d’une succession de tranches de vie ?

- Le spectacle se situe le temps d’un concert, où mon personnage va devoir expliquer à son pianiste aveugle - et de fait à son public - qu’elle est black, mais pas noire. Et comme elle est incroyablement bavarde et qu’elle adore être sur scène, elle ne va pas se priver !

Pourriez-vous, pour allécher nos lecteurs, nous livrer une ou deux anecdotes, « incroyables mais vraies » ?!

- Quand mon grand-père nous a retrouvés, après des années de recherches, un tout nouveau feuilleton venait d’envahir les foyers français : Dallas ! Alors, quand une énorme enveloppe est arrivée de là- bas, rédigée en anglais de surcroît, ma mère l’a jetée à la poubelle, persuadée d’être victime d’une farce !



Quelques semaines plus tard, nous avons de nouveau reçu du courrier, cette fois-ci en français et surtout avec des photos ! Mon grand-père avait beaucoup d’humour ça le faisait rire de penser que les premiers mots qu’il avait mis tant de soin à écrire à sa fille avaient fini à la poubelle à cause d’un feuilleton !

Quelle place Lauri LUPI occupe-t-il à vos côtés ?

- Il joue le rôle de Stevie SOUL, mon manager, pianiste, ex-directeur de chorale, qui se veut pygmalion et croit profondément en la chanteuse que j’interprète. Il est surpris de la tournure que prend le concert mais très vite se passionne pour mon histoire, allant même jusqu’à interpréter ma mère, jusqu’au rebondissement final où l’on découvre que lui aussi a des secrets…

Au-delà de votre histoire personnelle, racontez-vous également une histoire de la musique « black » des années 70-80 ?

- Absolument pas! J’ai choisi cette musique que j’adore et que mon grand-père adorait pour illustrer et faire avancer le récit, allant parfois jusqu’à en faire des traductions plus que libres! Nous avions déjà trop de matière, entre cette chanteuse qui se raconte et son rapport avec son manager pianiste complètement décalé! On le fera dans le numéro deux! (rires)

Pour quelles raisons avez-vous choisi de confier la mise en scène de votre spectacle à Thomas Le Douarec ?

- Tout simplement parce qu’il m’a poussée à écrire ce spectacle, et qu’il en est d’ailleurs co-auteur ! Lui aussi m’a un jour demandé d’où me venaient mes cheveux crépus et l’histoire lui a tellement plu qu’il m’a conseillé de l’écrire. Il m’avait déjà choisie pour interpréter Dalida dans le spectacle Mike et confié tous les rôles féminins dans son adaptation musicale de Le portrait de Dorian Gray la question ne s’est même pas posée !

Quelles relations aviez-vous avec ce grand-père « tombé du ciel » avant sa disparition l’an dernier ?

- Le Texas est très loin du Pas-de-Calais ! Entre lettres et téléphones, les voyages aux Etats-Unis étaient de véritables fêtes ! Il nous emmenait partout, toujours fier de nous présenter, me faisait faire le tour des clubs où il avait ses entrées et ça, toujours dans sa Cadillac et sans se séparer de son Panama ! Il avait une classe folle, chantait tout le temps et me répétait souvent la one-drop rule : une seule goutte de sang noir et vous êtes noir ! Il était vraiment dans la transmission. Il m’impressionnait par son charisme et sa foi en la nature humaine songez qu’il était persuadé de pouvoir se marier et vivre sa vie avec une femme blanche en 1950 au cur du Texas.


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


Le jour où je suis devenue chanteuse black

l'interview de Caroline Devismes

Théâtre Pièce: Le jour où je suis devenue chanteuse black

Du 27 mars au 3 mai, du mer au sam à 19h.