Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Le 20 Novembre (La presse)


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"Lars Norèn nous plonge dans une atmosphère de violence qui hypnotise. Le personnage de Sébastian est joué par une délicieuse jeune actrice à la voix caressante, ce qui amplifie encore l'effet de violence et la force de la douleur"

Le 20 Novembre


 

« Auteur suédois, Lars Norén est un des dramaturges les plus radicaux de la seconde moitié du xxe siècle. Longtemps considéré comme le digne successeur de Strindberg, Tchekhov ou Ibsen, il ne cesse de creuser au cur des angoisses existentielles et familiales pour en découvrir les fonctionnements. Il explore le monde des plus démunis et des plus faibles sans les humilier. Avec une écriture simple et brutale, sans concession, il foudroie radicalement nos consciences et nous ramène à notre vulgaire condition humaine.
Le metteur en scène, Alexandre Zeff (prix 2007 « Jeune Metteur en scène » du Théâtre 13), nous offre ici une mise en scène parfaite de ce texte si dérangeant : la poésie se mêle au récit insupportable d’un suicide programmé. Il ne nous épargne guère, et suit les pas de Lars Norén en n’octroyant aucune échappatoire au spectateur, qui doit affronter la réalité. La scénographie épurée, à l’image de ce texte dépouillé, nous glace le sang. Comme unique décor, une bâche étendue sur toute la surface du plateau est recouverte d’eau. Cela agit comme un miroir : celui qui réveillera nos consciences devant le reflet de ce gamin échoué dans la vie et prêt à se noyer… Et puis un mur, noir comme l’avenir qui se présente à lui, graffité à la craie par Joséphine Serre avec une virtuosité fascinante, et sur lequel sera projeté en vidéo une sorte de « résumé de siècle ».
Passant du désespoir à la révolte, de la honte à la haine, Joséphine Serre habite avec une vérité troublante le personnage de ce jeune homme. Formée auprès de Mnouchkine et Lecoq, elle a travaillé au cinéma avec Pinoteau et Zeffirelli, et est également auteur et metteur en scène de théâtre. On comprend la profondeur, l’agilité et la richesse de son interprétation à la vue de son parcours.

Joséphine Serre ne joue pas le travestissement, mais respire et transpire comme cet adolescent survolté et torturé. Elle met à nu le processus de réflexion dans lequel l’adolescent s’enferme, et nous emmène avec lui dans une spirale dont on connaît l’issue. Appel, réquisitoire… Elle nous rapporte les questions terribles de cet adolescent, questions adressées aux sociétés, aux familles, aux autres jeunes. « T’es heureux ? J’ai qu’à te regarder et j’ai déjà la réponse. »

Grâce à un micro fixé a quelques centimètres de sa bouche, sa voix, presque tactile, nous saisit dès les premiers mots : ils se logent au creux de notre oreille, et nous glacent les veines. Son souffle semble nous frôler le cou, et les troubles intérieurs du jeune adolescent se mêlent aux nôtres. Les silences nous retranchent dans nos solitudes insupportables. Une bande-son aiguise encore davantage cette voix qui résonne, et tranche nos esprits à la dérive. Parfois, un rire nous échappe, comme une résistance devant l’effroyable, l’inaudible… Et le malaise s’installe encore plus profondément dans nos entrailles.
À peine une heure de spectacle, et les âmes sont à vif… Dernier appel lancé furtivement : « Vous avez quelque chose à dire avant que j’y aille ? », et l’enfant broyé disparaît, sac de sport à l’épaule, nous plongeant dans les affres de sa solitude et de l’horreur. Un spectacle à ne pas rater… Lui ne vous ratera pas.»

Le 20 Novembre


 


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


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