
C’est toujours drôle quelqu’un qui tombe, ça fait toujours rire.
Pourtant ce n’est pas très drôle ; la personne
se fait mal mais nous, nous rigolons, nous rigolons vite, de peur d’avoir à en pleurer.
LA TOUR DE PISE,
c’est l’histoire d’une femme qui a peur de tomber, parce qu’elle a le sens du ridicule, ou de la douleur.
C’est une fantaisie sur la peur, voilà, une comédie sur la douleur, un drame du ridicule. Si on me demandait,
personnellement je dirais ça.
Il y avait au départ cette idée d’aller puiser ces peurs enfouies en chacun de nous, essayer de les dénicher par
le rire.
Il y a eu ensuite cette image, belle et absurde, cette femme en talons hauts, perchée devant ce plongeoir,
incapable de bouger, de prendre une décision ; cette femme qui parle à quelqu’un, et l’on se demande bien à qui.
Il y a eu aussi, mais comme ça, dans un coin, ce petit bout de la chanson de Bashung : « Vertige de l’amour /
Désir fou que rien ne chasse ».
Cette TOUR DE PISE est donc l’histoire d’une femme qui penche de plus en plus, sous le poids de la vie, comme
qui dirait, une femme comme vous et moi, avec de l’humour comme ressort, un rire qui lui sert d’élastique, qui
la tire vers le haut. Une femme qui se raconte, se dévoile, retire un à un ses filets de protection, et finalement
accepte, un instant seulement, un instant sans doute, de ne plus avoir peur, de faire confiance.
C’est un long
travail, de faire confiance.
Le défi est excitant. Partir d’une image de départ assez forte, et la tenir, une heure et quart durant, tout
en la faisant évoluer. Intriguer, amuser, émouvoir, et faire peur. Il faut que la peur qui habite cette femme
peu à peu nous gagne aussi, et que le rire, que j’espère présent de bout en bout, ne vienne pas totalement
dégoupiller cette peur, qu’il la soulage mais aussitôt après la nourrisse.
Un travail auquel j’ai le plaisir de m’atteler en
compagnie de l’équipe qui me suit depuis LA NUIT DU THERMOMÈTRE et 107 ANS, à savoir Damien Bricoteaux
à la collaboration artistique, Stéphane Baquet aux lumières et Cécille & Georges au décor.
Mon autre plaisir d’auteur et de metteur en scène, sur cette pièce, est de retravailler avec cette comédienne
extrêmement rare et précieuse qu’est Jeanne Rosa. Nous nous sommes rencontrés, il y a cinq ans, pour un court-métrage
que j’avais réalisé, Même pas mal, dans lequel elle donnait la réplique à Frédéric Andrau.
La voir réintégrer
ce que j’aime à considérer comme “ma troupe” a été pour moi un des moteurs d’écriture, et qu’elle accepte
de revenir au théâtre pour jouer ma pièce une grande joie.

