Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


King kong theorie (Note d'intention)


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King kong theorie

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la
bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. »

Virginie Despentes



King Kong Théorie est souvent présenté comme un manifeste du féminisme moderne. Virginie Despentes y définit les contours de nouvelles figures féminines : des femmes anti-mythe. Des femmes réelles.
Elle y pose, aux antipodes de la femme idéale, les jalons d’une femme virile, susceptible d’exister sous un autre regard masculin. Une femme anti-mythe…
Despentes s’adresse aussi aux hommes, elle énonce clairement que les enjeux des rapports féminin-masculin sont l’affaire de tous.
Ce qu’elle écrit est direct, parfois brutal, souvent très drôle. Mais surtout, accessible et passionnant. Elle sait poser les questions qui gênent et oser les jeux de mots :
« Je suis plus King Kong que Kate Moss, comme fille ».
King Kong, justement. Le propos du texte m’intéresse, naturellement, je m’y reconnais très souvent, ok, mais il y a autre chose dans King Kong Théorie, qui me pousse à en faire un spectacle : la figure de King Kong, qui apparaît au coeur du texte et du spectacle. Despentes y relit le scénario du film de Peter Jackson, remake du film de 1933, et en donne une lecture renversante : oui, c’est une histoire d’amour entre la bête et la blonde, un récit qui relègue aux oubliettes les enjeux classiques d’une relation sexuelle et sexuée, enjeux de séduction, domination et de rapports de force. C’est de candeur, de tendresse et de jeux d’enfants dont il est ici question.
King Kong est une bonne grosse bête sauvage, douce comme son pelage, douce comme son regard. Un monstre de douceur.
Pendant les répétitions, nous avons développé cette piste de travail : l’actrice, qui joue à évoquer plein de figures de femmes, joue aussi à King Kong. Elle joue à transformer son corps de femme en corps de monstre. Ce jeu-là, étrange, inattendu, est celui qui fait décoller du réel et du propos de société : c’est là que peut surgir la poésie.
Et là que peut surgir un clown féminin.
Dans ce visage de femme pas vraiment naïf.
Dans ce corps de femme qui figure le monstre.
Cela me semble d’autant plus juste que Despentes est aussi un monstre, à sa manière : sa punk attitude, ses propos, ses écrits, tout en elle existe hors-lesnormes. C’est ainsi qu’elle raconte des choses dans lesquelles beaucoup se reconnaissent, c’est ainsi qu’elle émet des idées neuves.
Dire les choses frontalement et penser la parole comme vecteur d’énergie collective : le point de départ du travail est là, conjugué avec la rencontre entre un texte et une
actrice.

Un solo-performance, pour une actrice, un micro et un texte percutant.

Un texte où il est question d’images et de comportements, discours ponctué de moments musicaux où le corps de l’actrice s’expose et explose, se dénonce, joue à prendre des poses… et danse.
Salima Boutebal et moi, on se connaît depuis longtemps. Elle a joué dans Les petites filles modèles, que j’ai adapté version pieds nus et mambo. On s’est retrouvées récemment pour Shitz , de l’israélien Hanokh Levin, où elle jouait la fille obèse qui reste à bouffer des cacahuètes en attendant l’amour, au grand désespoir de ses parents. Elle y était drôle, sexy, émouvante, pendant les répétitions elle m’a souvent fait penser aux héroïnes d’Alona Kimhi, qui se doutent bien qu’un truc ne va pas mais va savoir quoi faire pour que ça aille mieux.
Salima est grinçante, ironique, elle aime provoquer et elle peut être super drôle.
En juin 2008, je lui ai proposé de faire un « chantier » sur King Kong Théorie. Elle a lu le texte, elle a dit oui tout de suite. Evidemment qu’il y avait des choses qu’elle avait envie de reprendre à son compte dans ce bouquin, comme moi.
On a fait des choix dans les textes, délibérément laissé de côté les passages sur le viol et la prostitution, on ne voulait pas emmener le travail vers des sujets qui pouvaient être récupérés comme « minoritaires ». On voulait brasser large, faire
entendre les endroits du texte qui parlent de l’image des femmes et de l’image des hommes, de ce à quoi les uns et les autres se sentent astreints : plaire, séduire à tout prix, rester conforme.
Surtout, on voulait traduire au plateau l’esprit du propos de Despentes « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». On a travaillé chaque séquence en musique, en cherchant le bon rythme et la juste atmosphère. On a gardé The Gossip,
Eartha Kitt, Missy Elliott, entre autres. Parfois le rythme entraîne Salima dans le rythme de l’écriture, parfois non.
Peu à peu, un scénario s’est dessiné dans le travail : une fille seule, armée d’un micro sur pied, dans un espace qui figure son chez-elle. Elle parle haut et fort, au micro. Parfois, elle réfléchit aussi, en direct mais sans micro. Puis elle reprend sa
peau de performeuse et lâche dans un sourire, une question au public : « qu’est-ce que ça exige au juste d’être un homme, un vrai ? »
L’idée, c’est de créer un petit monde pour Salima, un rideau soyeux en fond de scène, un canapé et quelques accessoires. Elle arrive dedans, avec ce corps inouï qu’elle a, habillée super classe, sexy en hauts talons, et elle joue de cette image. Se déshabille, mais dans un esprit de strip-tease super cheap. Les musiques la font
parler en rythme, bouger en rythme, parfois danser. Ca fait décoller de la « conférence », du texte à propos intelligent, du spectacle à message…tout ce qu’on veut éviter. King Kong Théorie n’a pas besoin d’être mis en scène comme un texte
intelligent : il l’est !
King Kong Théorie est une petite forme, portée par une nana seule qui brasse son sujet. Actrice à l’énergie féroce, communicative, pour jouer devant une centaine de spectateurs : un bon équilibre entre l’actrice et le public, la bonne jauge pour que ça
reste une forme « mineure » qui fait entendre des choses importantes.

Cécile Backès


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


King kong theorie

Note d'intention

Théâtre Pièce: King kong theorie

Dim 21 H
Lun 21 H
Mar 21 H
Mer 21 H
jusqu'au 1er aout
(du 10 juin au 1 aout 2012)